À DOMICILE
À DOMICILE : bi-portrait

À DOMICILE est une manifestation qui se déroule à Guissény, dans le Finistère Nord. Celle-ci propose des résidences de chorégraphes pour travailler avec les habitants de cette ville.
Le chorégraphe Alain Michard en était le directeur artistique de 2007 à 2009. Depuis 2010, Mickaël Phelippeau poursuit l'aventure.


édition 2012

édition 2011

édition 2010


Être À DOMICILE
ou comment faire exploser les territoires

"À DOMICILE", ce titre résume déjà toute une aventure.
Si cette manifestation existe depuis plusieurs années, c'est bien qu'elle a son importance aujourd'hui. Son contexte géographique, entre autres maritime, à la lisière entre deux territoires, l'un tangible et solide, l'autre mouvant et en aller-retour, révèle ce qui s'y cherche depuis plus de 5 ans : faire cohabiter et se rencontrer des territoires, humains pour le coup, et fabriquer ensemble.

Ce qui m'apparaît comme étant le noeud de À DOMICILE, à l'aube de sa cinquième édition, c'est son caractère d'ouverture et de dialogue à travers le sensible.
Tels me semblent être ses enjeux depuis sa création en 2007 par Alain Michard, son premier directeur, en collaboration avec le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne et l'office de tourisme de la ville de Guissény. Ils le restent en 2011. Et l'ambition est bien de les faire grandir et évoluer sur les années à venir. Et si nous n'en étions qu'à la formulation de ce projet. Il n'est qu'à observer la constellation des propositions et des approches collaboratrices qui ont eu lieu jusqu'à ce jour pour projeter une diversité foisonnante dans le futur. Il n'est qu'à observer le nombre croissant de fréquentation lors des temps forts que nous nommons "aboutissements provisoires" et qui ne sont pas à appréhender comme des spectacles mais bien comme des restitutions d'un moment du travail. Il n'est qu'à observer le suivi et l'implication toujours grandissants d'une équipe mieux structurée chaque année. Il n'est qu'à observer la multiplication des partenaires, tant structurels qu'individuels. Alors que le CCNRB renommé aujourd'hui Musée de la danse poursuit son soutien depuis le début, le Quartz par exemple, scène nationale de Brest, nous rejoint à compter de cette année.

Être à domicile, c’est être pris dans le mouvement, c’est stagner dans le flux permanent, c’est se retrouver dans un temps et un espace définis pour mieux s’en échapper, c’est convoquer les contraires, c’est être ici et ailleurs, c’est jouir du présent pour mieux anticiper demain.

Il est important de noter qu'il n'y a pas de thème qui jalonne les différentes éditions, pas de regroupement annuel, pas de resserrement univoque. Le seul fil conducteur, et c'est bien cela sa force, demeure l'instant de partage, le privilège de travailler ensemble, avec cette matière humaine qui nous constitue, tant artistes qu'artistes éphémères. Car sont bien en effet artistes les personnes qui, le temps d'un processus, investissent un rôle qui peut ne pas être le leur a priori. Il serait intéressant à ce propos de poser la question à chacun de sa propre définition, de l'intérieur.

Être À DOMICILE :
- pour les artistes invités en résidence, être concrètement chez, avec, à côté. Tout d'abord, être hébergés chez un/e ou des habitant/e/s de Guissény. Partager des processus, des temps de recherche, des moments qui sont rarement ouverts. Se frotter à un cadre, des personnes, un lieu, une histoire. Embrasser l'ensemble ou focaliser sur un aspect.
Les résidences sont autant de temps à prendre pour faire avancer une création ou un chantier que pour se faire chambouler et voir ce qu'il advient de ces collaborations.
- pour les "autochtones" (pour reprendre l'appellation chère aux artistes Virginie Thomas et Yasmine Youcef accueillies en 2010), se déplacer. Accueillir une démarche, se laisser embarquer dans une aventure, franchir des limites neuves, découvrir une façon d'approcher le travail de création ou de recherche, regarder différemment le contexte et le paysage qui sont les leurs, se plonger dans la mémoire ou dans la fiction, se mettre dans la peau de.

D'autres manifestations proches dans leurs ambitions mais dans des modalités différentes existent ailleurs, en France et à l'étranger. Une réflexion plus globale permettrait d'ouvrir davantage l'éventail des perspectives.
Je projette À domicile dans les années à venir comme une possible manière d'appréhender autrement le travail artistique, comme une explosion des frontières au-delà du Finistère Nord, au-delà de la Bretagne, au-delà de l'Europe, au-delà des enjeux "simplement" artistiques, au-delà des intérêts que sont les nôtres aujourd'hui.

- Mickaël Phelippeau - juillet 2011