Ben & Luc (titre provisoire)

En octobre 2014, je rencontre Ben Salaah Cisse et Luc Sanou, danseurs burkinabés, à L’échangeur, Centre de développement chorégraphique national des Hauts-de-France, à Château-Thierry. Il sortent tout juste de EDIT, école de danse ouagalaise dirigée par Irène Tassembedo.
Alors que nous ne nous connaissons pas, nous passons une semaine en studio ensemble, avec une troisième danseuse colombienne, Paola Andrea Vargas. Nous travaillons à partir de leurs trois jeunes parcours d’interprète, de leurs premiers souvenirs de danse, de la chorégraphie que chacun a pris le plus de plaisir à interpréter, de ce moment de transition que représente une sortie de formation, de chansons qui ont bercé leur enfance... À la fin de ce premier échange, nous nous promettons de nous retrouver.

En février 2016, je suis invité au Burkina Faso pour travailler avec une trentaine d’habitants dans le cadre du festival Rendez-vous chez nous à Ouagadougou. C’est l’occasion, en parallèle de ce projet, de proposer à Ben et Luc de poursuivre notre rencontre. Nous consacrons nos matinées à creuser des pistes sur une forme duo, sur leur complicité dans cette ville où ils ont grandi, sur ce que serait un double portrait.

Je leur transmets également le début d’un duo que j’interprète dans la pièce bi-portrait Yves C.. Le principe est d’enchaîner une série de portés avec un maximum de surfaces de contact entre les deux corps, l’un des deux ayant toujours les pieds détachés du sol. Alors que nous le dansons de manière volontairement brute et saccadée dans ce premier duo, nous sommes allés avec Ben et Luc vers une interprétation fluide et continue. Il en ressort une forme de sensualité, dans le sens d’une convocation des sens, d’une qualité du toucher et du contact, d’une attention portée à la peau.
Nous présentons une étape de ce travail sur la Place de la femme à Ouagadougou. Alors que la réception est très belle et bienveillante, certaines personnes me renvoient le fait que montrer un duo d’hommes dans ce type de rapport aurait pu flirter, dans ce contexte, avec l’exhibition et la provocation. Les danseurs m’ont fait comprendre a posteriori qu’ils étaient conscients de ce risque.

Fort de ces deux expériences, j’ai le désir de mener plus loin ce travail et d’en faire une pièce à part entière. Je veux revenir sur ce que nous avons déjà traversé et l’approfondir. Pour cela, passer du temps en studio entre le Burkina Faso et la France semble essentiel.

J’ai été tellement intéressé et touché par ce qui transpirait de ces deux hommes, par ce qu’ils portent d’une histoire de la danse, entre danse traditionnelle africaine et danse contemporaine, par leur engagement, leur complicité, par ce que nous avons vécu ensemble, que la poursuite de cette aventure me paraît aujourd’hui évidente.

— Mickaël Phelippeau

pièce chorégraphique de Mickaël Phelippeau
collaboration artistique Claire Haenni
interprétation Ben Salaah Cisse, Luc Sanou
création lumière Abigail Fowler
création son Eric Yvelin
production, diffusion, administration Fabrik Cassiopée – Isabelle Morel et Manon Crochemore


production déléguée bi-p association
coproduction (en cours) L'échangeur - CDCN Hauts-de-France (FR), Scène nationale 61 – Alençon (FR), CCN2- Centre chorégraphique national de Grenoble dans le cadre de l’accueil studio 2018 (FR)


crédit photo Mickaël Phelippeau