Jutyar

La pratique de Mickaël Phelippeau est issue d’un parcours artistique à la croisée des arts plastiques et de la chorégraphie. Depuis plus de dix ans, il axe principalement ses recherches autour de la démarche « bi-portrait », prétexte à la rencontre.

« Le 18 février dernier, je viens à Nyon pour donner un atelier à destination de migrants en situation irrégulière. Certains obtiendront un titre de séjour, un visa, d’autres seront reconduits vers des frontières plus ou moins lointaines. L’atelier doit commencer à 10h et durer deux heures. J’appréhende. Je me demande ce qu’une pratique chorégraphique peut apporter dans un contexte où la réalité est surtout de survivre. Face à des personnes qui sont dans une précarité de tous les instants, que peut la danse ?
11h : personne ! Je me résigne, me disant que je les comprends. 11h10 : une quinzaine d’hommes au visage ouvert et souriant débarque dans le studio.
Nous commençons. Je leur propose que nous nous présentions et que nous nous transmettions des danses. Et là, c’est un feu d’artifices de chants, de traditions, d’empoignements, de rires, de fiertés, de cris, de corps à corps. Un projet nait ce jour-là.
Parmi ces hommes, Jutyar Ali, jeune réfugié kurde irakien. Celui-ci travaille aujourd’hui dans une ferme à côté de Nyon. Il m’impressionne par sa joie de vivre, sa manière d’amener les autres hommes en les prenant par les épaules, par son énergie, son chant qu’il nous fait écouter sur son téléphone. Nous entretenons depuis une discussion à distance, par écrit, à l’aide d’un traducteur automatique kurde-français.

J’aimerais à présent construire avec Jutyar un portrait à l’image de la complexité de son parcours. »

— Mickaël Phelippeau

projet chorégraphique de Mickaël Phelippeau
interprétation Jutyar Ali
collaboration artistique Claire Haenni


production Fabrik Cassiopée, far° Nyon
production déléguée bi-p association